Les Collies du Finfond
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Elevage respectueux de Colleys à Poil Court (Smooth) & à Poil Long (Rough) ~
 

   
 
 



 




J'ai commencé l'année 2021 par la lecture de cet ouvrage passionnant tout récemment publié par Lucio Rocco,
"Du loup au Collie: histoire d'un berger". 

Mené en profondeur et réservant au Smooth la place qu'il mérite, cet impressionnant travail de recherche m'a permis d'écrire la page qui manquait à ce site sur l'Histoire de nos Colleys: grand merci, cher Lucio!

 
Comme c'est le cas pour toutes les pages de ce site, les droits sur cette page sont réservés et sa reproduction interdite. Par contre, l'achat du livre de Lucio est vivement recommandé! Pour l'ajouter à votre documentation, c'est ici: 
https://largolibro.blogspot.com/2020/12/lucio-rocco-dal-lupo-al-collie-storia.html?fbclid=IwAR2cdagULbBsA45Cxy0jNJSuC7PyZrw7FXEGKDACGnnmATsZVvHSM6dBQgk
Et pour entendre Lucio présenter son travail, c'est par ici:
https://www.infocilento.it/2021/03/21/video-minuti-dautore-intervista-a-lucio-rocco/?fbclid=IwAR1_jpSNuDgajtl8j1sYm25mn6n1Riv5YCVVcL6Ds5Uh1FO9I6Sa9V6LzbM

 

L'histoire de notre chien commence il y a plus de 30 000 ans, lorsque le loup s'approche de l'homme pour profiter de ses restes de nourriture. Environ 15 000 ans plus tard, il accompagne les longues migrations, parties du sud-est de la Chine vers le nord-ouest et vers le nord-est puis le nord et le sud du continent américain à la suite des troupeaux de grands animaux dont l'homme se nourrit, et qui induisent un brassage utile à la biodiversité. On peut parler de domestication, le loup se transforme pour s'adapter à cette cohabitation.
 


Dal Lupo al Collie: Storia di un Pastore p.21
- Routes des migrations des hommes et des chiens depuis le sud-est asiatique -

 

A la fin de la dernière période glaciaire, le réchauffement du climat et la fonte des glaces qui s'ensuit provoquent l'élèvement du niveau des mers. Certaines routes migratoires se ferment, l'Irlande se coupe de l'Angleterre. Plus tard, un gigantesque tsunami venu de Norvège isole la Grande Bretagne du continent.
Ces événements climatiques forcent les hommes à se sédentariser, ils vivent d'agriculture et d'élevage sur le territoire.
Les restes ensevelis de chiens auprès d'humains, notamment ceux retrouvés dans les îles Orcades, laissent supposer que celui-ci a déjà un important rôle social, probablement celui de chien de berger, à l'apparence assez proche du Colley à poil long. Ce chien-même qui, parti d'Asie 15 000 d'années auparavant, aurait suivi les hommes, les Pictes arrivés de Scandinavie ou du nord de l'Europe, ou était-ce plutôt les Micmacs arrivés de l'est canadien ??, pour s'installer sur les terres fertiles des îles écossaises.
Les invasions celtes, romaines puis celles des Vikings apportent avec elles du bétail et des chiens différents qui, élevés avec les chiens locaux, donnent naissance à de nouvelles races et variétés, même si le chien des Pictes semble être resté plus ou moins le même dans les Orcades.
A s'intéresser de plus près aux chiens des Romains, on retient la description que fait Columella dans la première moitié du Premier Siècle après J.C. des 2 « races » qu'il juge utiles, Canis Villaticus et Canis Pastoralis, partis de Gaule
 avec les troupes de César et arrivés en Grande Bretagne. Le Canis Pastoralis dont le descendant pourrait bien être celui qui travaille encore de nos jours dans les Alpes italiennes, Pastore delle Alpi, comme le Cane da Pastore di Oropa ou le Cane da Pastore della Lessinia e del Lagorai.
Les Romains quittent l'Angleterre en 410 après J.C. sans avoir jamais conquis le nord de l'Ecosse, séparé du reste du territoire par une muraille depuis l'an 122, ce dont on peut déduire que les « races » sont restées bien distinctes de part et d'autre. Leur succèdent les Anglo-Saxons qui s'emparent des techniques d'agriculture et d'élevage qui leur sont laissées.


Dal Lupo al Collie: Storia di un Pastore p.37
- Chien de berger d'Europe (propriétaire Costantino Sanna, éleveur Marco Bindi) -
 

Et le loup dans tout ça? Les nombreux loups sont alors de redoutables prédateurs pour les troupeaux et on s'organise pour les exterminer, tout comme dans la plupart des pays, à l'exception de l'Italie.
D'abord en Angleterre puis en Ecosse et enfin en Irlande, le loup disparaît peu ou prou vers la fin du XVII°, ce qui influence l'évolution du chien de berger : à un chien grand, robuste et féroce, on préfère désormais un chien plus petit et seulement capable de donner l'alerte. De même, la préférence d'un chien de couleur claire, qui permettait de ne pas le confondre avec le loup, passe à un chien de couleur foncée qui le rend plus facilement repérable parmi les moutons.

Il existe plusieurs répertoires des différentes races de chiens rencontrées au Moyen-Age en Angleterre.
Parce qu'il est remarquable et parce que l'auteure en est une femme ;-), je retiens celui de Dam Julyans Barnes (1388-1460), et plus particulièrement son « Tryndeltayle », dog with a curly tail, probable ancêtre du Welsh Sheepdog, et surtout son « Prickherid curris », prick-eared cur, probable descendant du chien de troupeau des Romains... et ancêtre de notre Smooth Collie ; le Cur, Curtailed Dog, à la queue écourtée, le chien polyvalent du paysan mais interdit de chasser quand ce « privilège » est alors réservé aux hounds et lévriers de la noblesse, le chien du pauvre, souvent mésestimé.
(Si certains Cur Dogs naissent avec une queue écourtée ou même anoures, d'autres sont amputés pour se conformer aux « Forrest Laws », lois forêt, qui donc réservent le droit de chasser en forêt à la noblesse et à ses chiens, et ça n'est pas à la « Dog Tax », taxe sur le chien, instaurée sous le règne d'Edouard II (1307-1327) pour être définitivement abrogée en 1885, qu'on doit cette pratique barbare.)

John Keys (1510-1573) qui prend comme il est d'usage le nom latin de Johannes Caius à son retour d'Italie, brillant dans de nombreux domaines, médecin attitré de 3 souverains britanniques, décrit à son tour les races anglaises dans son « De Canibus Britannicis Libellus » paru en 1570.
C'est Fleming qui donne en 1577 une traduction anglaise de ce livre en Latin, traduction qui semble toutefois être une interprétation personnelle plus que littérale. On retrouve parmi les « Rustici » de Caius, le « Pastoralis », Shepherd's Dog, chien conducteur de troupeau, et le « Villaticus » ou « Catenarius », chien de type mastiff/bandedog. De toute évidence, ce « Pastoralis » est bien le descendant du chien romain, employé à la conduite des troupeaux des régions d'élevage du nord vers les marchés du sud de l'Angleterre, devenu en 15 siècles indispensable à l'économie anglaise.

 

Si le Cur doit aux Romains sa présence en Angleterre, l'autre chien de berger qui nous intéresse, celui installé de l'autre côté du mur d'Hadrien, subit quant à lui l'influence des invasions vikings, dont les chiens trouvent leurs origines dans le nord de l'Europe. Les Vikings seraient également à l'origine de l'arrivée de ce chien proche du Collie à Poil Long sur le continent américain qu'ils accostent par le nord pour progresser ensuite vers le sud, et les restes du « Canis Ingae Pecuarius », Chien Inca à Poil Long, retrouvés dans les tombes de la citadelle du Machu Picchu datant du XV° siècle, pourraient être ceux de son descendant. Et c'est aussi aux Vikings que ce peuple inca devrait la coutume d'être enseveli avec son fidèle compagnon. Une hypothèse parmi d'autres.


Dal Lupo al Collie: Storia di un Pastore p.75
- Chien de la tribu indienne des Hare de la région des Grands Lacs, John Walsh 1879 -

En 1790, Ralph Beilby et Thomas Bewick publient « A General History of Quadrupeds » où sont décrites quelques 40 races britanniques de chiens sélectionnés depuis le Moyen-Age selon le critère du « fit for function », la conformation à la fonction. Parmi ces races, 2 chiens de berger : le « Shepherd's Dog » qui garde les moutons au nord de l'Ecosse et dont la description colle de près au Colley à Poil Long d'aujourd'hui, couleur sombre avec collier, poitrine et extrémités blancs, oreilles semi-érigées, queue longue enroulée à l'extrémité ; ainsi que le Cur Dog qui conduit le bétail au nord de l'Angleterre, au « poil plus lisse et plus court », « plus grand, plus fort et plus féroce » que le précédent, à la robe plutôt noire et blanche, naissant souvent avec une queue courte, aux oreilles également semi-dressées (mais qui ont tendance à se redresser, en comparaison de celles du chien à poil long des Highlands, selon Watson). L'humble Cur qui, pendant des siècles, a été croisé pour améliorer ses qualités au travail, n'est plus mentionné après 1874 (par William Youatt), supplanté par l'attrait du Scotch Sheepdog et que les Highlands Clearences font définitivement tomber dans l'oubli.


- The Shepherd's Dog, Bewick 1790 -

Dal Lupo al Collie: Storia di un Pastore p.83 & 86



Beilby & Bewick mentionnent le nom de « Coally Dogs », donné à ces chiens qui vivent dans une région minière. Mais... Coally, Colly, Colley, Collie, plusieurs hypothèses sont émises quant à l'origine du nom donné au Shepherd's Dog. Celle que retient Lucio Rocco renvoie aux moutons à face noire, « Black faced sheep », appelés Colleys et très communs en Ecosse, dont la garde était confiée aux... Colley Dogs.

Ci-contre: un mouton à face noire, "Black Faced Sheep"

A la fin du 18°S., l'industrie de la laine est un pilier pour l'économie. L'écart entre les différentes classes sociales est moins marqué que dans les pays du continent, le revenu moyen est supérieur et cet univers social influence l'évolution des races.
Jusqu'à la fin du 19°S., le bétail élevé dans les fermes du nord et gardé dans les vastes étendues des Highlands par le Shepherd's Dog à poil long, parcourt le pays vers les marchés du sud accompagné par les conducteurs et leurs chiens, ancêtres du Smooth. Leur rôle dans l'économie n'est pas négligeable et se double de celui de colporter les nouvelles et les messages, bien avant le télégraphe. On peut citer le marché de Smithfield à Londres, bien décrit par Charles Dickens.

 


- Smithfield market, The Illustrated London News 1849 -

La vie est autre dans les hautes-terres d'Ecosse, région parmi les plus pluvieuses et venteuses d'Europe. Alors qu'un nouveau modèle économique s'installe en Grande Bretagne depuis la fin du Moyen-Age, la structure sociale reste en Ecosse celle des clans.
Les Ecossais ne se reconnaissent pas Anglais et tentent de rétablir sur le trône les Stuart catholiques à la place des Hanovre protestants, mais en 1746, la terrible bataille de Culloden met fin à leurs rêves de liberté. Le gouvernement britannique instaure alors des lois qui détruisent la culture gaélique. Les paysans écossais sont déportés en masse entre 1750 et 1880, abandonnant leurs terres pour trouver refuge en Amérique du nord, au Canada et en Australie : ce sont les Highland Clearances. Ceux qui restent voient l'économie agricole des Highlands se transformer en une économie pastorale ; les éleveurs venus d'autres régions s'installent, un grand nombre de moutons arrive d'Angleterre avec conducteurs et chiens. Le Cur se reproduit dès lors avec le Shepherd's Dog local, et de se mélanger les gènes poil long/court, queue longue/courte, oreilles semi-dressées/dressées.


Dans la seconde moitié du 19°S., le modèle de société devient industriel, les clivages sociaux s'accentuent. Les marchés aux bestiaux sont transférés hors des villes (celui de Smithfield l'est en 1852), les conducteurs disparaissent du paysage citadin, le bétail est transporté en train à mesure que le réseau ferroviaire se développe, ne restent en ville que des chiens vagabonds pour lesquels sont créés les premiers refuges. De nombreuses races locales de bergers, devenues inutiles, s'éteignent.

Si le Collie cesse d'être un « outil de travail », il réussit cependant à se faire apprécier pour ses autres qualités et il est bien représenté dans la littérature et les arts. C'est justement à la faveur de cet engouement pour la littérature, les arts, les sciences, l'amour de la nature et des animaux, que la cynophilie connaît un essor et qu'on commence à organiser et à réglementer le monde canin.
Se tiennent les premières expositions de beauté ; le Kennel Club
(l'équivalent anglais de la Société Centrale Canine française ndlr) est créé en 1873 ; la sélection n'est plus orientée vers les aptitudes à la fonction mais vers l'apparence. En quelques années, le chien devient l'instrument de la vanité de l'homme.
En 1874, le premier Livre des Origines regroupe les Collies Poil Long & Poil Court dans la 25° classe des « Sheep Dogs and Scotch Collies » et c'est la reine Victoria qui insiste pour que le Sheep Dog prenne le nom qui lui est donné dans son Ecosse d'origine : il devient le Rough Collie et, par un regrettable amalgame, le Cur Dog devient le Smooth Collie. Le premier standard publié en 1881 concerne le Poil Long et le Poil Court sans distinction à l'exception de la longueur du poil: l
e Cur Dog perd « officiellement » son histoire et son identité.
Le Kennel Club interdit les mariages Poil Long x Poil Court en 1994, désormais considérés comme 2 races et non plus comme 2 variétés d'une même race, mais sans qu'aucune mise au point ne soit faite quant à leurs origines distinctes. Celles de deux chiens différents pour 2 types d'hommes différents, le berger et le conducteur. Solitaire, religieux, réfléchi et introverti, le premier. Rustique, exubérant et travailleur infatigable, le second.

 


Dal Lupo al Collie: Storia di un Pastore p.129
- Lucio Rocco en 2015 - 

 

Le récit passionnant que nous livre Lucio se termine sur une note amère, regret d'avoir perdu ces races de chiens travailleurs et dévoués. Mais on sait bien que l'homme ne s'intéresse qu'à ce dont il a besoin, c'est à la fois ce qui nous a valu ces races et ce qui a précipité leur perte. Et si l'engouement pour les expositions canines aurait pu aider à les préserver, il aurait fallu que l'homme se montrât plus respectueux et moins vaniteux.
Aujourd'hui, il nous faut essayer de sauver ce qui peut encore l'être...

Grand merci, Lucio, pour ce travail remarquable,
si sensible que l'amour que tu portes à ces chiens transpire à chaque page !
(... on attend la suite ;-)
… Et Grand merci également pour avoir mis Le Finfond à l'honneur dans tes pages,
j'en suis profondément touchée!

        
                 Dal lupo al Collie: Storia di un Pastore p.87                                   Dal lupo al Collie: Storia di un Pastore p.124
                         - Ftizen Tizen du Finfond -                                                       - Fech Fech du Finfond -


Pour une version un peu différente de l'histoire du Colley - à Poil Long -, et le rôle possible du Berger Basque « Euskal Artzain Txakurra » dans son évolution, je vous invite, comme souvent, à parcourir le dossier de Patrick Martin sur Collie Online: http://collie-online.com/rub_histoire/histoire.htm


- Two Shepherd Boys with Dogs Fighting, Thomas Gainsborough 1783 -



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